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Actions américaines et inflation : tout va bien actuellement

Investment Insight

Daniel MORRIS
 

Perspectives : quelles limites en matière d’inflation ?

La publication, le 2 février, d’un rapport sur l’emploi non agricole montrant la plus forte progression des salaires aux États-Unis depuis la fin de la grande crise financière a provoqué une correction de 10 % de l’indice S&P 500. Après le rebond intervenu en 2017 sur fond de volatilité basse, on pourrait penser que ce développement constitue un apport sain de volatilité sur les marchés financiers.

Une autre surprise sur le front de l’inflation, à savoir l’annonce, le jour de la Saint-Valentin, de l’évolution de l’indice des prix à la consommation (IPC) en janvier aux États-Unis, a en revanche été suivie d’une hausse de 1,3 % de l’indice S&P 500. En janvier, l’IPC a augmenté de 0,5 % en glissement mensuel, tandis que l’indice des prix hors composantes volatiles (inflation sous-jacente) a progressé de 0,35 % sur un mois, dépassant la prévision du consensus qui attendait une hausse de seulement 0,2 %.

Le raffermissement de l’inflation ne change pas la donne

Il est important de noter que l’indicateur d’inflation sous-jacente de janvier renforce une série de chiffres solides publiés au cours des derniers mois : en rythme annualisé, l’inflation sous-jacente ressort à 2,9 % sur les trois derniers mois et à 2,6 % sur le dernier semestre. La baisse temporaire de l’inflation au printemps 2017, due à quelques facteurs passagers, a masqué une tendance de net affermissement de l’inflation sous-jacente au cours des dernières années, comme le montre le graphique 1 ci-dessous. Dès la sortie des faibles chiffres de mars 2017 de la base de comparaison, le glissement annuel de l’inflation sous-jacente devrait passer de 1,8 % actuellement à 2,4 % à l’horizon du mois de juin, en supposant que les prochaines statistiques mensuelles soient similaires à celles observées en 2016 et sur une grande partie de 2017.

Globalement, la tendance récente des chiffres de l’inflation suggère que le raffermissement continu des prix des services sous-jacents s’est accompagné d’une moindre baisse des prix des biens sous-jacents (et, d’ailleurs, d’une légère hausse dernièrement). Cela dit, il ne faut pas croire que ce seul rapport mensuel sur l’inflation change radicalement la donne, car il est peu probable que la tendance récente des prix des biens soit durable.

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Ce dernier rapport sur l’inflation cadre avec la hausse de 0,34 % du salaire horaire moyen indiquée dans les chiffres de l’emploi non agricole parus le 2 février 2018, sachant que le consensus attendait également une augmentation de seulement 0,2 % de cet indicateur. Comment expliquer la différence de réaction du marché boursier à ces deux publications ?

Une stabilisation du marché après une réaction épidermique ?

Première explication, le marché a digéré le choc initial. L’absence de pressions inflationnistes en dépit d’une situation tendue sur le marché du travail aux États-Unis a constitué la grande énigme de 2017. La hausse des coûts salariaux a été perçue comme le premier signe des pressions sur les prix que les investisseurs attendaient depuis longtemps dans une économie caractérisée par un rythme de croissance solide et un marché de l’emploi de plus en plus tendu.

Les marchés financiers ont rapidement procédé à des ajustements (« repricing »). Les rendements des bons du Trésor américain et les anticipations d’inflation sont remontés, tandis que les actions ont plié sous le poids des craintes d’une possible accélération du resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed). Les chiffres de l’inflation publiés ultérieurement ont simplement confirmé les nouvelles estimations du consensus et n’ont donc pas rendu nécessaires de nouveaux ajustements des prix sur les marchés (voir graphiques 2 et 3).

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Le bon côté de l’inflation

Deuxième explication, l’inflation n’est pas mauvaise en soi pour les actions, un constat qui est de plus en plus partagé. Si une hausse des prix peut signifier une augmentation des coûts des facteurs de production et des salaires, elle devrait aussi impliquer une progression des chiffres d’affaires et donc des bénéfices des entreprises. En fait, la corrélation entre la performance de l’indice S&P 500 et l’évolution des anticipations d’inflation est modestement positive (comme le montre la ligne orange en pointillés sur le graphique 4 ci-dessous). Nous tablons sur une progression modeste de l’inflation à l’avenir.

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L’heure n’est pas à la complaisance

La réaction modérée des marchés à ce jour ne signifie pas cependant que les investisseurs ne doivent plus prêter attention à l’inflation, ni s’en inquiéter. Tout est une question de limites, car une accélération rapide de l’inflation pourrait porter les anticipations de la trajectoire future du taux des fonds fédéraux à un niveau où les mesures de la banque centrale risqueraient de faire basculer l’économie en récession. Nous n’en sommes pas encore à ce stade, mais cela ne veut pas dire que nous ne l’atteindrons jamais.

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