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Attention: Critiquer la Fed, un jeu dangereux

Vues et tendances globales

Steve FRIEDMAN
 

Il n’appartient pas aux acteurs du marché de dicter aux élus ce qu’ils doivent dire ou non, mais c’est notre travail que de tenir compte des conséquences de leurs remarques. D’ailleurs, en songeant aux récentes critiques du président Trump sur la politique monétaire, il y a de quoi s’inquiéter. Ces critiques ne se distinguent pas par leur acerbité, mais plutôt par le précédent qu’elles créent.

Ces dernières décennies, les administrations successives se sont abstenues de commenter la politique monétaire par respect envers l’indépendance de la Réserve fédérale par rapport au monde politique. En outre, le fait que ces critiques aient provoqué un recul de 6 % de l’indice S&P 500 pose la question de savoir comment le président réagirait à un choc économique majeur et quelles pressions l’administration pourrait exercer sur les dirigeants de la Fed dans un tel cas de figure.

 

La Fed fait fi de la pression politique

Soyons clairs, il n’y a aucune raison de douter que les dirigeants de la Réserve fédérale restent fidèles à leur mandat officiel qui promeut la stabilité des prix, un taux d’emploi maximum et des taux d’intérêt à long terme modérés, ignorant dans le même temps toute pression politique. Les marchés semblent du même avis.

Toute suspicion sérieuse de politisation de la banque centrale entraînerait presque instantanément un élargissement des taux des points morts d’inflation sur les bons du Trésor, mais ceux-ci se maintiennent dans les fourchettes récentes. Les personnes qui ont été nommées au Conseil des Gouverneurs par le président Trump sont toutes hautement qualifiées, ce qui conforte le marché dans la capacité de la banque centrale à agir indépendamment de toute pression politique. Certains affirment même que ces critiques sont positives, car elles suggèrent que la Réserve fédérale fixe en effet sa politique sans influence de la Maison-Blanche.

 

Tout est une question de perception…

Le réel problème suscité par l’intervention du président Trump est que, dans certaines circonstances, elle pourrait suggérer que la Réserve fédérale prête une oreille aux politiques, ce qui pourrait avoir de graves conséquences pour le coût des emprunts publics et privés. Prenons l’exemple suivant : imaginez qu’à un certain moment, dans les prochains mois, l’association d’un durcissement des conditions financières, d’un affaiblissement de l’inflation et d’une décélération de la croissance – peut-être induite par l’application des tarifs douaniers – incite le Comité fédéral de l’Open Market (FOMC) à s’inquiéter davantage des risques baissiers dans ses perspectives. Dans un tel cas de figure, le FOMC pourrait raisonnablement décider de suspendre le cycle de normalisation des taux d’intérêt en passant une hausse trimestrielle.

Une telle décision serait considérée comme normale, le FOMC ajustant simplement sa politique sur la base de nouvelles informations qui modifient ses prévisions économiques ou la distribution des risques de son scénario de base. En outre, dans le contexte actuel, le public considérerait la suspension du cycle de durcissement comme raisonnable et bien communiquée. Après tout, les prévisions du Comité intègrent déjà une telle suspension à un certain moment l’année prochaine.

 

…et il ne faut pas la prendre à la légère

Jerome Powell, le président de la Fed, a également souligné l’importance d’une gestion du risque dans le cadre de la politique monétaire, vu que le FOMC s’efforce de trouver un équilibre entre les risques inflationnistes si le relèvement des taux est trop lent, et les risques de récession s’il est trop rapide.

Mais c’est là où le bât blesse. Les propos du président Trump pourraient donner l’impression que la décision de suspendre le cycle de resserrement a aussi résulté de pressions politiques. Dans l’hypothèse citée ci-dessus (détérioration de la conjoncture, recul de l’inflation, voire replis boursiers), le président critiquerait la Réserve fédérale juste avant la réunion lors de laquelle le FOMC décide de marquer le pas.

Une telle situation ne doit pas être prise à la légère, car le dollar américain demeure la première devise de référence au monde, en particulier grâce à la confiance envers les institutions américaines, dont la Réserve fédérale. À l’heure où les déficits explosent et nécessiteront de pouvoir compter d’autant plus sur les investissements étrangers dans les bons du Trésor américain, toute intervention qui remet en question la crédibilité et l’indépendance de la banque centrale peut avoir des conséquences désastreuses pour le coût de financement du gouvernement et la viabilité de la phase d’expansion actuelle.

Cet article a paru pour la première fois dans le « Traders Magazine » le 22 octobre 2018.

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