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Calme relatif après la tempête

Coronavirus, Stratégie d'investissement, Ultime Notizie

Dominick DEALTO
 

Alors que les marchés financiers ont retrouvé un calme relatif, Guillermo Felices, responsable de la recherche et de la stratégie chez MAQS (Multi-Asset and Quantitative Solutions) et Dominick Dealto, responsable de la gestion obligataire mondiale, passent en revue les risques et les opportunités qui peuvent se présenter pour les investisseurs.

Ces dernières semaines, les marchés financiers ont traversé des configurations très difficiles (dislocations). Avec quels outils évaluez-vous à présent les impacts de l’épidémie de Covid-19 ?

Guillermo: L’épidémie est d’abord et avant tout une urgence sanitaire. Elle est à l’origine d’une récession dans nombreux pays et a provoqué des réactions des grandes banques centrales dans des proportions qui étaient inimaginables il y a quelques semaines. Pour évaluer l’impact du virus sur les marchés financiers, nous nous attachons à 4 éléments
  • L’évolution de l’épidémie
  • L’arrêt ou la reprise de l’activité économique
  • Les politiques économiques mises en œuvre
  • Les mesures de sentiment et de stress sur les marchés
L’épidémie de Covid-19 s’étend d’Est en Ouest et son épicentre est désormais en Europe où le nombre de nouveaux cas augmente rapidement, même si de premiers signes de stabilisation ont pu être observés en Italie. Encore plus à l’Ouest, les indicateurs économiques américains commencent à être affectés par l’épidémie. Il ne fait aucun doute que les perspectives économiques vont sérieusement s’assombrir partout dans le monde. Toutefois, en Chine, l’activité montre des signes de reprise. Cette amélioration est visible pour l’activité industrielle, la consommation d’énergie et, dans une moindre mesure, les dépenses de consommation. Les politiques économiques partout dans le monde ont fait feu de tout bois, les mesures budgétaires prenant le relais de politiques monétaires exceptionnelles. Les grandes banques centrales ont abaissé leurs taux directeurs à 0 % et ont relancé leurs programmes d’assouplissement quantitatif (QE pour Quantitative Easing) en les augmentant significativement. En ce qui concerne la politique budgétaire, le gouvernement américain a présenté un plan de soutien de 2 000 milliards de dollars qui comprend l’envoi de chèques aux ménages et des aides aux petites entreprises. En Europe, les programmes budgétaires sont aussi de grande ampleur, la plupart des gouvernements garantissant désormais les prêts destinés à soutenir les entreprises et les ménages. Enfin, les indicateurs de stress des marchés se sont légèrement détendus mais le sentiment de marché reste très déprimé. Notre scénario central retient que l’impact de l’épidémie de Covid-19 sur l’économie mondiale sera réduit par les mesures prises par les autorités. Nous anticipons une « reprise en U ». Le risque principal par rapport à ce scénario est celui d’interruptions prolongées ou intermittentes de l’activité qui provoqueraient une récession mondiale plus longue. Par ailleurs, notre indicateur de température des marchés envoie un très fort signal « vert », ce qui, utilisé en « contrariant » correspond à un signal d’achat des actifs risqués. Enfin, nos outils dynamiques d’analyse technique suggèrent que les actifs dont l’évolution est traditionnellement liée aux matières premières sont attractifs pour un investissement à moyen-terme. Cette conclusion est corroborée par notre analyse fondamentale.

Comment vos équipes ont-elles abordé les conditions particulières sur les marchés obligataires ? Où se situent les opportunités pour un investisseur de long terme ?

Dominick : Nos équipes de gestion obligataire sont réparties dans huit pays sur trois continents et, depuis deux semaines, nos gérants ont la possibilité d’être en télétravail. Nous étions donc parfaitement organisés lorsque les mesures de confinement sont entrées en vigueur. Tout aussi important a été le fait que nos portefeuilles étaient bien positionnés puisque nous avions réduit notre risque avant la crise pour refléter notre scénario de ralentissement des économies développées. Bien évidemment, nous n’avions pas idée qu’un tel choc puisse survenir si brutalement mais nous avons été en mesure de poursuivre la réduction du risque au cœur de la tempête. Avec les évolutions incroyables des politiques monétaires et budgétaires, il y a maintenant des signes d’un changement à l’œuvre sur les marchés. Les mouvements de vente se sont faits sans aucune discrimination, dans la panique, et les niveaux atteints sur certains marchés intègrent désormais des scénarios extrêmes. C’est précisément dans un environnement de ce type qu’une gestion active prend tout son sens. Sur le marché du crédit, des titres de très bonne qualité ont été liquidés de façon indiscriminée alors que les facteurs fondamentaux, qui doivent être pris en compte à long terme, restent bons. En suivant les méthodes rigoureuses d’analyse qui font partie intégrante de notre processus d’investissement, nous sommes en mesure d’identifier des opportunités sur tous les segments du marché obligataire. Pour les investisseurs à la recherche de telles opportunités à long terme, mon conseil est de s’exposer au crédit de qualité (Investment Grade) et à la dette émergente en dollars car ces deux segments du marché obligataire présentent des points d’entrée attractifs.

Comment les portefeuilles diversifiés sont-ils positionnés compte tenu de votre analyse de la situation présente et à venir ?

Guillermo : Malheureusement, le nombre de cas augmente aux Etats-Unis, ce qui nous a conduits à ramener notre exposition aux actions américaines de surexposée à neutre. Nous avons augmenté notre position sur les actions britanniques qui nous paraissent avoir trop baissé. Notre vision positive des matières premières, qui devraient profiter de la reprise en Asie, nous amène à adopter une position acheteuse de AUD (dollar australien) contre USD. Enfin, nous conservons notre surexposition aux actions de la zone euro et des marchés émergents. Des opportunités sur ces marchés apparaissent après les liquidations. Pour des investisseurs de long terme, il semble opportun de se repositionner dès maintenant.

Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication. Elles émanent des informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement autres en fonction des clients.

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