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Coronavirus – Mise à jour hebdomadaire -29/04/2020

Blog, Coronavirus

Marina CHERNYAK
 

Près de 3 millions de personnes ont été infectées et plus de 210 000 ont trouvé la mort. Le nombre de décès est en baisse en Europe et semble avoir atteint un plateau (à un niveau élevé) aux États-Unis. Comme toujours, nous soulignons qu'il faut être prudent dans l'interprétation des données à la fois, au fil du temps et dans les comparaisons internationales, étant donné les approches différentes de comptabilisation et de tests selon les pays.

Figure 1

Nombre de deces - de nombreux pays enregistrent une baisse

Rouvrir les économies : Se hâter avec lenteur

Il est important de replacer dans son contexte la relative réussite de la lutte contre la propagation du virus. Cela a été réalisé en interrompant les activités « non essentielles » dans de nombreuses économies. Aujourd’hui, un certain nombre de pays se préparent à sortir de ce confinement. Les projets varient d’un endroit à l’autre, tant en ce qui concerne le rythme et le degré d’assouplissement des mesures ainsi que sur les détails pratiques rendus publics.

Prenons quelques exemples:

  • France : Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé un plan visant à commencer la réouverture de l’économie à partir du 11 mai – la mise en œuvre variant d’une région à l’autre. Les entreprises seront encouragées à poursuivre le télétravail. Les transports publics reprendront. Les écoles vont rouvrir progressivement à partir du 11 mai, mais avec des règles de distanciation sociale limitant la taille des classes. Les cafés, les restaurants et les lieux qui accueillent un grand nombre de personnes (comme les salles de cinéma) restent fermés. Les rassemblements de plus de 5 000 personnes resteront interdits jusqu’en septembre.
  • Espagne : Le Premier ministre a annoncé un plan de sortie en plusieurs étapes s’étalant sur six à huit semaines, le rythme de mise en œuvre variant d’une région à l’autre. Elle permet une réouverture progressive de la société – des restaurants et salles de cinéma aux lieux de culte – souvent soumise à des restrictions de distanciation sociale (par exemple, la capacité des restaurants est limitée à un tiers). Les voyages sur de longues distances peuvent encore être interdits et les masques seront « hautement recommandés » lorsque les transports en commun reprendront.

L’objectif de ces stratégies de sortir est clair. Pour reprendre les termes d’Edouard Philippe : « Nous devons protéger les Français sans immobiliser la France au point qu’elle s’effondrerait ».

 

Eviter une nouvelle envolée de la courbe

Cependant, il existe un risque réel de seconde vague au fur et à mesure de la levée des mesures très restrictives. Autrement dit, le nombre de cas pourrait recommencer à augmenter rapidement. Cela pourrait à minima imposer une pause dans le déconfinement et, potentiellement, des mesures encore plus strictes qui aggraveraient les difficultés économiques.

En effet, Jasmina Panovska Griffiths, maître de recherche et maître de conférences en modélisation mathématique à l’University College de Londres, affirme que ces vagues multiples sont une caractéristique de ce type de pandémie.[1]

« Les 4 grandes pandémies de grippe du siècle dernier – la grippe espagnole, la grippe asiatique, la grippe hongkongaise de 1968-70 et la grippe porcine – ont également connu plusieurs vagues. La pandémie de grippe espagnole de 1918, qui a tué plus de 50 millions de personnes, a frappé en trois vagues, la seconde ayant tué plus de personnes que la première. «

Une deuxième vague n’est pas inévitable. Les gouvernements peuvent calibrer leur stratégie de sortie avec soin afin de contrôler les déplacements de la population pour enrayer la propagation du virus. Tous les pays ne seront pas en mesure d’assouplir les mesures au même rythme.

 

Les tests à grande échelle seront un élément crucial

La capacité des autorités à effectuer des tests de diagnostic et à mettre en place des procédures de traçage à grande échelle pour identifier les nouveaux cas à mesure qu’ils se présenteront s’avérera être un élément crucial pour tout assouplissement des restrictions.

Dans certains cas, il est possible que le virus ait déjà touché suffisamment de personnes que la population approche de l’immunité de groupe, de sorte que le virus ne puisse plus se propager facilement d’une personne à l’autre. L’ambassadeur de la Suède aux États-Unis a affirmé que Stockholm pourrait bientôt être dans cette situation.

Cependant, le consensus parmi les scientifiques est que la majorité de la population de nombreux pays devra être exposée au virus avant que l’immunité de groupe ne soit établie. Selon les estimations actuelles, même dans les épicentres urbains comme New York, nous sommes bien loin de l’immunité de groupe.

 

Retour de l’appétit pour le risque sur les marchés (« risk on »)

L’évolution des nouveaux cas, et en particulier des nouveaux décès, dans les pays où les opérations de déconfinement sont en cours sera observée avec attention par les investisseurs. Plus vite ces pays seront en mesure d’assouplir les mesures de quarantaine, plus vite ils pourront faire repartir leur économie.

Dans la mesure où une grande partie de l’économie mondiale est toujours « sous cloche », les craintes d’une deuxième vague pourraient inquiéter les investisseurs, tandis qu’un vaccin semble encore une hypothèse lointaine.

Cependant, l’annonce de la baisse du nombre de nouveaux cas de Covid-19 et la tendance à un assouplissement des mesures de confinement dans certains pays ont soutenu les marchés actions au cours de la dernière semaine. Par exemple, l’indice S&P 500 a effacé environ la moitié de la perte subie entre le 14 février et le 23 mars. Fin mars n’était en aucun cas le bon moment pour vendre des actifs risqués.

 

Figure 2

Les indices actions envisagent la reprise economique en esperant la mise en oeuvre prochaine des strategies de sortie

 

Une semaine clé pour les banques centrales

La semaine qui s’achève le 1er mai, est une semaine clé pour les banques centrales : La Banque du Japon (BoJ) s’est réunie lundi 27, le comité de politique monétaire de la Fed (Federal Open Market Committee -FOMC) s’est réuni le 29 avril et la BCE le 30.

  • La BoJ a supprimé lundi la limite de 80 000 milliards pour les achats d’obligations gouvernementales (JGBs). Si, en soi, cela n’implique pas un assouplissement de la politique monétaire dans la mesure où le cadre actuel de contrôle de la courbe des taux (YCC) de la BoJ autorise déjà des achats illimités de JGBs, il a néanmoins une valeur symbolique importante. En achetant « sans limite », la banque centrale pourrait renforcer l’impression sur le marché qu’elle s’oriente vers la monétisation de la dette, montrant potentiellement la voie à d’autres banques centrales. Cette action devrait maintenir le yen à un niveau plus bas et empêcher les rendements de remonter.
  • Une réaffirmation par le président de la Fed, M. Powell, de son approche « whatever it takes » (« quoi qu’il en coûte »), ainsi qu’une évaluation des perspectives économiques et de la réponse de la Fed sont attendues. Cette réunion prévue du FOMC est la première depuis les mesures d’urgence prises entre les réunions les 3, 15 et 23 mars. Nous attendons de Jerome Powell qu’il annonce l’expansion du MLF (refinancement des Etats et des collectivités locales) et des programmes de financement des PME (MSNLF/MSELF). Ces opérations doivent encore être lancées et devraient contribuer à améliorer l’accès à la liquidité en dollars.
  • La BCE peut également envoyer un message fort, à savoir qu’elle est prête à augmenter l’enveloppe d’achat d’actifs du PEPP pour acheter des obligations notées BB si nécessaire. Il s’agit là d’une décision potentiellement importante compte tenu de l’augmentation récente des primes de risque des obligations. La décision de la BCE, la semaine dernière, d’assouplir ses critères d’éligibilité au collatéral afin d’inclure le papier BB ouvre la voie à cette prochaine étape. Cette annonce a joué un rôle clé dans la progressions des marchés obligataires « périphériques » de la zone euro.
  • Le Conseil de l’Union européenne de la semaine dernière n’a pas apporté de réponse définitive à la question de savoir comment la facture budgétaire Covid-19 allait être répartie à travers l’UE. Elle a accepté le principe de la création d’un « fonds pour reprise » (Recovery Fund). Cependant, il n’y a pas eu d’accord sur la taille, le financement, la distribution et le calendrier. Espérons que la Commission trouve un accord sur certains de ces points d’ici la prochaine réunion du 6 mai. L’absence d’accord sur le « Recovery Fund » reste un risque clé pour l’Europe, l’euro et les marchés obligataires « périphériques » en particulier.
  • Le pétrole continue de se négocier à un niveau bas, surtout avant la prochaine échéance du contrat à terme sur le WTI. Nous constatons que cela exerce des pressions sur les comptes extérieurs des producteurs de pétrole du Golfe ainsi que sur la Colombie et le Mexique. Cependant, cette situation devrait être favorable pour les balances commerciales du Japon, de la Turquie, de l’Inde et de l’Afrique du Sud. Cela devrait continuer à accroître la dispersion sur les marchés émergents.
  • La poursuite de la hausse des demandes d’allocations chômage aux États-Unis indique des taux de chômage à deux chiffres. Cela pourrait impliquer une hausse significative des défaillances de prêts hypothécaires et autres crédits à la consommation, potentiellement supérieure à celle observée en 2008. Si l’injection budgétaire par le biais de la loi CARES devrait contribuer à atténuer une partie de ce stress, l’efficacité des programmes de soutien actuels reste à évaluer.
  • Les dernières données en provenance d’Asie, où le confinement est en train d’être levé, indiquent toujours une timidité des consommateurs, car les gens restent méfiants à l’égard des transports en commun et des activités qui pourraient les mettre en contact avec un grand nombre de personnes. Cela pourrait être une bonne indication pour les économies des pays qui cherchent à lever partiellement leur confinement.
  • La saison des résultats se poursuit, les analystes revoyant régulièrement à la baisse leurs estimations. Il y a eu des surprises positives, mais le marché se concentre davantage sur la perspective d’une réouverture des économies et d’un rebond des bénéfices en 2021. Par conséquent, les actions ont continué à se négocier à des multiples cours/bénéfices record. Compte tenu de ce que les futures nous disent sur les dividendes et la volatilité en 2021-22, ces multiples semblent difficiles à évaluer.

 

Résumé de l’allocation d’actifs

Nous sommes convaincus que le suivi des indicateurs-clés va prendre de plus en plus d’importance à présent que les valorisations se sont ajustées et que le risque a augmenté dans un sens, comme dans l’autre.

En termes d’allocation d’actifs, nous conservons une exposition stratégique au risque de marché. Nous avons récemment initié une surpondération sur le crédit Investment grade européen et américain (financé par des emprunts d’État) et sommes surexposés sur les actions des marchés émergents et britanniques, sur les matières premières et sur la dette émergente en devise forte.

Cependant, nous avons également réduit notre exposition au risque tactiquement avec des positions vendeuses sur le S&P 500 et sur les actions de la zone euro en amont des informations sur les dommages économiques causés par le virus et compte tenu des risques associés aux stratégies de sortie du confinement. Un recul des marchés serait considéré comme une opportunité pour augmenter à nouveau notre exposition au risque dans un avenir proche.

Denis Panel, responsable de la gestion multi-actifs et des solutions quantitatives (MAQS -Multi-Asset and Quantitative Solutions), et Marina Chernyak, économiste senior et coordinateur de la recherche COVID-19.

[1] Voir aussi Coronavirus: when should we lift the lockdown?

 

Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication, sont basées sur les informations disponibles et sont susceptibles d’être modifiées sans préavis. Chaque équipe de gestion de portefeuille peut avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement différentes pour différents clients.

La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent aussi bien diminuer qu’augmenter et il est possible que les investisseurs ne récupèrent pas leur mise de fonds initiale. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures.

L’investissement dans les marchés émergents, ou dans des secteurs spécialisés ou restreints, est susceptible d’être soumis à une volatilité supérieure à la moyenne en raison d’un degré élevé de concentration, d’une plus grande incertitude parce que moins d’informations sont disponibles, qu’il y a moins de liquidité ou en raison d’une plus grande sensibilité aux changements des conditions du marché (conditions sociales, politiques et économiques).

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la majorité des marchés internationaux développés. C’est pourquoi les services de transactions de portefeuille, de liquidation et de conservation pour le compte de fonds investis dans les marchés émergents peuvent présenter un risque plus important.

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