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La parité dollar/renminbi risque de franchir le seuil de 7. Et alors ?

Perspectives régionales

22 novembre 2018
 

Un affaiblissement régulier pourrait être une force inespérée pour la croissance en Asie

Durant la première moitié du mois de novembre, le cours du renminbi était de 6,95 CNY pour 1 USD (voir graphique 1) et les observateurs des marchés financiers semblaient craindre qu’il franchisse rapidement le seuil des 7 CNY. Les investisseurs se demandent quant à eux si la Banque populaire de Chine (BPC) essaiera d’empêcher le franchissement de ce seuil symbolique. Je pense de mon côté que la question fondamentale est la suivante : et après ?

Graphique 1: Le renminbi a faibli en 2018 et franchi rapidement le seuil des 7 CNY

graphique-1-CNY-USD

Source: Bloomberg, BNP Paribas Asset Management, données au 16/11/2018

Le choix entre deux seuils psychologiques

La BPC a la possibilité de défendre le seuil de 7 CNY/USD en puisant dans ses réserves de change. Cela soulèverait toutefois d’autres questions quant à la viabilité de son intervention. Si le seuil de 7 CNY/USD constitue le « point de rupture » psychologique du marché en matière de taux de change, celui des trois milliards de dollars est le niveau psychologique des réserves de change chinoises en dessous duquel une panique des marchés pourrait se déclencher.

Ce choix entre la défense du cours CNY-USD à 7 ou le maintien de réserves de change supérieures à trois milliards d’USD est le reflet du dilemme politique de la « trinité impossible », qui oblige la Chine à choisir entre le contrôle de son taux de change ou celui de ses taux d’intérêt suite à l’ouverture de son compte de capital. Compte tenu des difficultés macroéconomiques croissantes du pays et du risque extérieur de guerre commerciale, la BPC a privilégié une attitude plus souple à l’égard du taux de change en tolérant une volatilité accrue du renminbi. Plusieurs représentants officiels de haut niveau se sont récemment fait l’écho de ce choix de politique.

Bien que nous n’ayons pas la preuve que la BPC soit en train de passer à une politique de dévaluation,[1] son attitude a évolué vers une plus grande tolérance de la volatilité du renminbi depuis sa baisse du mois de juin. Tant que l’évolution du renminbi reste ordonnée et dictée par les forces du marché, je pense qu’il n’existe pas de seuil particulier que la BPC se sente obligée de défendre.

Des accords du Plaza sur le renminbi ?

Certains acteurs se demandent également si la Chine serait susceptible de conclure un accord international visant à déprécier le dollar en réévaluant le renminbi, comme cela s’était passé en 1985 avec les accords du Plaza : le Japon avait cédé à la pression des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Allemagne de l’Ouest et de la France pour faire remonter le yen afin de réduire l’énorme déficit commercial des États-Unis. Pékin a promis de ne pas s’engager dans cette voie.

Les accords du Plaza ont entraîné une forte remontée du yen, qui a amené la Banque du Japon à injecter d’énormes liquidités dans l’économie japonaise pour compenser l’impact de la hausse sur les exportateurs japonais. Cette politique a conduit au développement d’une bulle spéculative, qui a éclaté au début des années 90 et causé depuis lors d’énormes ravages dans l’économie du pays. La Chine ne voudra faire la même erreur. Avec son compte de capital fermé, son économie plus solide et sa meilleure gestion financière, elle est en meilleure position que ne l’était le Japon pour résister à la pression américaine en vue d’un accord de cette nature.

Et si le renminbi franchissait le seuil de 7 CNY/USD ?

Du point de vue de l’Asie, la principale préoccupation est que la faiblesse du renminbi vienne s’ajouter à d’autres facteurs économiques défavorables, tels que la hausse des prix du pétrole, le resserrement de la liquidité du dollar ou les droits de douane américains, qui pèsent sur la région. Sachant que la Chine est à la fois un concurrent et un marché important, l’affaiblissement du renminbi pourrait réduire les exportations asiatiques vers la Chine et vers les pays tiers. De plus, les touristes chinois pourraient être moins enclins à voyager à l’étranger en raison d’un taux de change plus élevé, ce qui pénaliserait les exportations de services des pays concernés.

Ces préoccupations sont légitimes, mais il ne faut pas les exagérer. Premièrement, beaucoup de devises asiatiques se sont dépréciées par rapport au dollar américain (graphique 2), certaines plus largement que le renminbi, ce qui leur redonne une certaine compétitivité par rapport à la Chine. Mais les prix ne sont pas le seul facteur : la structure des exportations a également une influence. Les expéditions en provenance des économies aux monnaies les plus faibles ont tendance à être plus sensibles au taux de change (prix) que celles des économies aux monnaies plus fortes.

Graphique 2 – Pourcentage de variation du taux de change nominal par rapport à l’USD de janvier à septembre 2018

graphique-2

Source : CEIC, BNP Paribas Asset Management (Asie), données au 06/11/2018

Par exemple, les exportations en provenance de la Corée du Sud, de Taiwan ou de Singapour rivalisent sur la marque, la qualité et l’innovation, et sont donc moins sensibles aux prix, et leurs monnaies ont moins baissé que le renminbi face au dollar. En revanche, les exportations indiennes et indonésiennes rivalisent davantage sur les prix et leur monnaie a plus baissé que le renminbi face au dollar. Par conséquent, la faiblesse du renminbi ne pénalisera pas tous les pays de la région.

Deuxièmement, si l’on considère que la faiblesse du renminbi est la conséquence de la politique de relance monétaire de la Chine en vue de maintenir la croissance de son PIB au-dessus de 6 % (l’objectif de croissance du PIB à moyen terme du gouvernement), l’augmentation consécutive des importations vers la Chine pourrait venir compenser une partie des effets négatifs de l’évolution des taux de change et des dommages collatéraux du conflit commercial sino-américain.[2]. Malgré l’intensification des tensions commerciales, l’affaiblissement du renminbi et le ralentissement de la croissance de son PIB, la Chine reste en effet pour le moment un marché en pleine croissance pour les exportations asiatiques, dépassant largement l’Europe et les États-Unis (graphique 3).

Graphique 3 – Croissance des exportations de l’Asie (hors Chine)

graphique-3

Note: les chiffres correspondent à la moyenne mobile sur 3 mois. Source: CEIC, BNP Paribas Asset Management (Asie), données au 06/11/2018

Vigueur de la demande chinoise

La hausse des importations chinoises est-elle la conséquence de la hausse des prix du brut, la Chine étant un importateur majeur de pétrole ? Pas entièrement, car la plupart des exportations asiatiques vers la Chine ne sont pas liées à l’énergie. Les importations chinoises de produits manufacturés augmentent par exemple de manière régulière. Il est également peu probable que la Chine ait cherché à faire des réserves de produits transformés importés (destinés à l’exportation) en prévision des droits de douane de Trump, car ses importations d’encours de fabrication n’ont pas augmenté depuis le début du conflit commercial (Graphique 4).

Graphique 4 – Importations chinoise

 graphique-4

Note : les chiffres correspondent à la moyenne mobile sur 6 mois. Source: CEIC, BNP Paribas Asset Management (Asie), données au 06/11/2018

Conclusions

  1. La demande chinoise a alimenté la croissance du commerce en Asie, ce qui a compensé en partie les premiers effets du conflit commercial sino-américain.
  2. Un affaiblissement progressif du renminbi n’est pas forcément une mauvaise chose pour les économies de la région. Il pourrait même avoir une influence bénéfique sur la croissance de l’Asie s’il était la conséquence d’un assouplissement de la politique monétaire chinoise visant à soutenir la croissance du pays, qui soutiendrait en retour ses importations.

Poussé par les forces du marché, le taux de change entre le renminbi et le dollar américain pourrait fort bien franchir prochainement le seuil des sept renminbis – il n’y a pas de quoi s’inquiéter.

[1] Voir « Chi Time: Suspicion About PBoC FX Policy Shift » (26 juillet 2018)

[2] Voir « Chi Time : les dommages collatéraux du conflit commercial sino-américain » (10 octobre 2018)

La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus grande à l’évolution du contexte de marché (social, politique et économique).

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte de fonds investis dans les marchés émergents peuvent comporter un risque plus élevé.

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