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Les conséquences inattendues du conflit commercial sino-américain (ii) –surprises pour les états-uni

Vues et tendances globales

Chi LO
 

La diversion de commerce et de la demande chinoise pourraient aider les marchés émergents ; une réduction de l’interdépendance pourrait encourager la Chine

Surprises pour les états-unis et les marchés émergents

Le président américain Donald Trump pense que « les conflits commerciaux sont faciles à remporter ». Bon nombre d’observateurs et d’investisseurs sont du même avis, car l’économie américaine enregistre un solide rebond, tandis que l’économie chinoise ralentit et que les marchés émergents sont pris entre deux feux[1] Sortons des sentiers battus et songeons un instant à la situation inverse : les États-Unis en souffriraient-ils, tandis que le monde émergent en profiterait avec un rôle majeur de la Chine ?

Selon la théorie classique de l’avantage comparatif, la limitation des importations nuit à long terme au bien-être des consommateurs et à la productivité. La guerre commerciale ne profite donc à personne. Les conditions macroéconomiques déterminent les gagnants et les perdants à court terme, mais ce genre d’analyse ne semble guère avoir retenu l’attention des politiques dans les débats sur les tactiques tarifaires du président Trump envers la Chine.

Divergence de croissance entre les États-Unis et la Chine

Dans une perspective de politique keynésienne, le résultat d’une guerre commerciale dépend de la présence ou de l’absence du plein emploi ou d’une insuffisance de la demande auprès des acteurs concernés. En période de récession, les tarifs douaniers permettent de doper la demande intérieure et l’emploi en érodant l’effet de substitution aux importations aux dépens du bien-être et de l’efficacité à long terme. Cependant, dans une situation de plein emploi, les tarifs douaniers ne font que doper l’inflation et appauvrir le consommateur.

La croissance économique robuste que connaissent pour l’instant les États-Unis est clairement proche, voire dépasse déjà, sa capacité de production durable. Les entreprises américaines devront non seulement engager plus de personnels pour accroître la production afin de compenser les importations chinoises, mais aussi investir dans de nouvelles capacités. Toutefois, le manque actuel de capacités disponibles suggère que ces nouveaux investissements se feront au détriment d’autres, qui étaient plus profitables et productifs avant l’introduction des taxes douanières.

Si ces taxes sur les importations chinoises devenaient permanentes, les États-Unis souffriraient d’une perte d’efficacité, comme le souligne la théorie de l’avantage comparatif : les produits qui auraient pu être achetés à bon prix en Chine risquent d’épuiser les ressources et déplacer une activité profitable pour laquelle les États-Unis disposaient d’un avantage comparatif. L’augmentation des prix des produits importés ou fabriqués dans le pays réduira aussi le surplus du consommateur américain. Ce scénario est d’autant plus probable si les États-Unis imposaient des taxes plus globales pour éviter que la production ne se déplace vers d’autres producteurs chinois à bas prix.

Si ces taxes sont temporaires, l’investissement de capacité pour remplacer les importations chinoises deviendra ensuite obsolète, car la production finira par être réduite à nouveau dès la suppression des taxes sur les produits chinois bon marché. En fait, considérant que les taxes à l’importation pourraient être temporaires, les entreprises américaines risquent de ne pas investir ou engager de personnel supplémentaire pour compenser les importations chinoises.

Grain de sel Chinois

Par ailleurs, si les fournisseurs chinois se rendent compte que les entreprises américaines n’investiront pas pour compenser les produits importés et potentiellement taxés temporairement, ils risquent de ne pas diminuer leurs prix d’exportation vers les États-Unis malgré les taxes.

Par conséquent, les importateurs américains seront contraints de répercuter ces taxes supplémentaires sur le consommateur américain ou d’accepter une réduction de leurs marges de détail, voire une combinaison des deux. Ainsi, les taxes douanières ne seront qu’une taxe supplémentaire imposée au consommateur américain plutôt qu’une sanction sur les exportations chinoises.

Le bien-être des ménages américains se détériorera consécutivement au recul des engagements de personnel dans des secteurs confrontés à une pression sur les marges en raison des taxes douanières. L’augmentation des engagements dans les secteurs non concernés par ces taxes ne suffirait pas à compenser cet effet si les entreprises américaines choisissaient de ne pas élargir leur production face à un protectionnisme potentiellement temporaire. En outre, si les importateurs américains répercutent le coût des taxes sur le consommateur, l’inflation et les taux d’intérêt américains augmenteraient également ceteris paribus.

Impact sur le monde Émergent

Dans la mesure où les tarifs douaniers américains excluent la Chine de leur marché, d’autres producteurs des pays émergents pourraient remplacer les exportations chinoises, sauf si les États-Unis imposaient aussi des tarifs sur toutes les autres importations. Dans ce cas, le déficit commercial global des États-Unis persisterait, mais serait imputable à l’importation d’autres pays.

Plus particulièrement, les produits bas de gamme, comme les chaussures, les jouets ou le textile, pourraient être importés du Vietnam, de l’Inde, du Bangladesh et de l’Indonésie. Les importations de produits de plus grande valeur, comme l’électronique et les machines, pourraient venir du Mexique, de la Turquie ou de la Corée du Sud.

Contrairement à l’idée de base selon laquelle les marchés émergents souffriraient du conflit commercial sino-américain, les taxes américaines pourraient au contraire renforcer les exportations de ces pays en remplacement des produits chinois. Entre-temps, si la Chine stimule sa demande intérieure pour contrer le conflit commercial, elle pourrait aussi accroître les importations des pays émergents. Ensemble, la réorientation des échanges commerciaux et l’augmentation de la demande intérieure en Chine permettront de compenser les dégâts probables du conflit dans la région.

Implications stratégiques

La stratégie du président Trump, dans le sens où il entend utiliser les tarifs douaniers pour forcer les multinationales américaines à réduire leurs investissements en Chine afin de diminuer l’interdépendance de ces deux économies rivales, risque de nuire à la sécurité nationale des États-Unis. En effet, depuis la seconde Guerre mondiale, la volonté des États-Unis à ouvrir les marchés via le commerce et les investissements a entraîné un boom économique en Asie, créant dans la foulée une interdépendance économique favorable entre les nations. Cette interdépendance a ensuite accentué le coût des conflits armés.

La Chine a profité de ce système, ce qui devrait l’encourager à maintenir l’ordre et la stabilité. Toutefois, l’abandon par les États-Unis de leur stratégie économique d’après-guerre réduirait de facto cette interdépendance économique, abaisserait le coût des conflits armés et pourrait encourager la Chine à se montrer plus agressive afin d’éroder l’influence et le pouvoir des États-Unis. L’administration Trump devrait considérer ce scénario comme une menace à la sécurité nationale.

[1] Cf. « Les dommages collatéraux du conflit commercial sino-américain », 10 octobre 2018

La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus grande à l’évolution du contexte de marché (social, politique et économique).

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte de fonds investis dans les marchés émergents peuvent comporter un risque plus élevé.

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