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L’influence de la Chine sur les marchés de matières premières

Investment Insight

Chi LO
 

Des inquiétudes se sont récemment manifestées quant à l’incidence du ralentissement de la croissance chinoise sur les marchés de matières premières. Son ampleur dépend en premier lieu de l’évolution cyclique de la croissance chinoise. Mais qu’en est-il de l’incidence à plus long terme ? Pour en juger, il convient de se pencher sur les facteurs d’évolution de la demande de matières premières de la Chine dans le contexte de la mutation de son environnement économique.

 

Un rythme de croissance soigneusement géré

La bonne nouvelle est que le taux de croissance du PIB de la Chine a peu de chance, à mon avis, de passer en-dessous de 6 % à court terme.[1] Pékin a peaufiné sa politique de gestion de la demande pour créer les conditions d’un équilibre entre la poursuite de la croissance et la mise en œuvre de réformes structurelles et de mesures de désendettement. La politique fiscale et monétaire du pays est en mode « neutre/veille », prête à passer en mode « assouplissement » si le taux de croissance du PIB menaçait de passer en-dessous de 6 %.[2] La politique monétaire, en particulier, a été mise à profit pour atténuer les tensions financières résultant des mesures de désendettement et de réforme structurelle.[3] Avec un sens aigu de la sensibilité aux politiques, Pékin a réussi à imposer une réduction de la dette et des surcapacités sans pour autant infliger, jusqu’à présent, un coût trop élevé à l’économie. Le rythme de croissance du PIB s’est modéré tandis que le risque systémique est resté contenu.

Le marché immobilier de la Chine, qui est l’un des principaux moteurs de l’investissement et de la croissance, est en train de se calmer, sans pour autant s’effondrer. Le stock de logements disponibles a récemment atteint 10 à 18 mois, au lieu des 30 mois et plus enregistrés lors du passage à vide du marché en 2015. Cela a permis aux promoteurs de continuer à construire, même s’il est probable que les ventes resteront modérées. Bien que la croissance pourrait continuer de se ralentir dans la construction et les industries lourdes, je ne pense pas qu’elle se ralentisse au point de compromettre l’objectif officiel d’une croissance du PIB de 6,5 %.

Impact cyclique

Les matières premières, et notamment le charbon et le minerai de fer, sont fortement influencées par la cycle de la construction en Chine, lequel est à son tour influencé par les conditions du marché immobilier chinois. Les importations de métaux du pays sont en baisse depuis 2017, ce qui est le reflet d’un marché immobilier déprimé. L’affaiblissement du cycle de la construction en Chine n’est donc pas une bonne nouvelle pour les cours des métaux. Mais depuis 2015, l’offre intérieure est comprimée du fait de l’élimination des surcapacités, alors que la demande de métaux n’a pas baissé d’autant. Cela a généré un déficit de l’offre par rapport à la demande qui a permis d’éviter un effondrement des prix.

Impact sur les marchés développés

Le cycle chinois de la construction n’a pas seulement une incidence sur les marchés émergents exportateurs de matières premières. Il influence également les exportations de nombreux marchés développés. Les États-Unis, l’Europe et le Japon (G3) sont les principaux exportateurs de biens d’équipement en direction de la Chine et leurs volumes d’exportation suivent de près les fluctuations de la construction en Chine (graphique 1).

Graphique 1 : Les exportations du G3 sont corrélées au taux de croissance de la construction en Chine

exportations du G3

Sources : CEIC, BNP Paribas Asset Management (Asie), données au 01/06/2018

 

Un ralentissement modéré de l’activité de construction en Chine ne devrait pas, malgré tout, causer de dommage majeur à la croissance des marchés développés, tout comme la forte baisse de 2015 n’avait pas fait dérailler la reprise économique européenne. La croissance des États-Unis avait accusé le coup en 2015, mais cela s’explique surtout par la chute des prix du pétrole qui avait pénalisé l’investissement dans le secteur américain de l’énergie.

L’impact cyclique du ralentissement économique de la Chine sur les cours des matières premières devrait donc rester limité. Pour ces marchés, le risque réside surtout dans la combinaison d’un ralentissement chinois, de fluctuations sur le marché du pétrole et d’autres facteurs de risque géopolitiques, tels que les difficultés politiques en Europe et les conflits commerciaux des États-Unis avec leurs partenaires commerciaux.

Impact à long terme

La demande de matières premières de la Chine est en pleine mutation structurelle, avec un recul des métaux au profit de l’énergie et des produits alimentaires, qui reflète le processus de « destruction créatrice » qui est en train de faire passer l’économie d’une croissance reposant sur l’investissement à une croissance reposant sur la consommation. Au cours des trente dernières années, l’industrialisation de la Chine a généré une demande considérable de métaux et d’énergie. Mais depuis son arrivée au pouvoir en 2013, le président Xi Jinping a modifié la fonction objective de l’économie pour privilégier la qualité de la croissance plutôt que la croissance absolue dans le cadre de ses réformes structurelles. La modération de la croissance qui s’est ensuivie signifie que dans les dix prochaines années, la demande de matières premières de la Chine s’orientera davantage vers l’énergie et les produits alimentaires de qualité à mesure que les revenus augmenteront.

La croissance de la demande d’acier de la Chine est déjà passée d’un taux à deux chiffres dans le courant des années 2000 à des taux inférieurs à 5 % plus récemment, ce qui illustre la transformation structurelle de l’économie. Ces chiffres semblent annonciateurs d’un profond bouleversement du secteur de l’acier et des marchés liés à la production d’acier (coke et minerai de fer). Mais bien que le taux de croissance se soit réduit et continuera de baisser, la demande d’acier (et d’autres matières premières) de la Chine reste considérable, ce qui signifie que la progression annuelle de la demande en volume restera certainement significative.

La consommation d’énergie par habitant de la Chine a elle aussi baissé, mais pas autant que la demande d’acier. Cela s’explique par le fait que même si le besoin de construction et d’industries lourdes fortement consommatrices d’acier s’est réduit en Chine, la demande d’énergie des industries nouvelles (comme celles mentionnées dans la politique industrielle « Made in China 2025 ») et de la nouvelle économie – dominée par la consommation des ménages, les transports, les services, les technologies de l’information, l’informatique, le commerce et la finance – a augmenté, venant compenser la baisse de la demande de l’ancienne économie.

L’économie chinoise fonctionne principalement au charbon du pays, ce qui fait qu’à moyen terme, la demande d’énergie supplémentaire ne sera pas ressentie en totalité par les marchés internationaux. Mais à plus long terme, cela changera à mesure que la Chine abandonnera le charbon polluant pour se tourner vers des énergies plus propres. Elle importe déjà la moitié de ses besoins en pétrole et une part croissante de ses besoins en gaz naturel. La pression exercée par la Chine sur la demande mondiale en énergie augmentera dans les années à venir, à moins que des politiques rigoureuses d’économies d’énergie soient mises en place. En d’autres termes, la Chine sera une force positive à long terme pour le marché international du pétrole et du gaz.

La Chine est également en train de connaître une mutation structurelle de sa demande de produits pétroliers raffinés. Elle avait auparavant une énorme demande de distillats lourds, comme par exemple le diesel et le mazout utilisés dans l’industrie lourde et le transport par camion. Mais depuis que son économie a commencé à s’éloigner d’une croissance principalement fondée sur l’investissement industriel, la demande de diesel a fortement baissé depuis 2013, lorsque le secteur tertiaire (qui représente la nouvelle économie fondée sur les services) a devancé le secteur secondaire (qui représente l’ancienne économie fondée sur l’industrie). De son côté, la demande d’essence a explosé, alimentée par l’augmentation inexorable du nombre de voitures dans la nouvelle économie.

Enfin, la demande chinoise de produits alimentaires de meilleure qualité, comprenant notamment les céréales, la viande et les produits laitiers (dont la Chine est déjà un importateur net : voir graphique 2), devrait fortement augmenter à mesure de l’augmentation du niveau général des revenus. Le marché estime que dans les années à venir, le taux de croissance de la consommation de céréales par habitant de la Chine, qui est de l’ordre de 1 % par an à l’heure actuelle, pourrait facilement être multiplié par deux.

Graphique 2 : la Chine est un importateur net des produits alimentaires suivants

 

Chine importateur net des produits alimentaires

Sources : CEIC, BNP Paribas Asset Management (Asie), données au 01/06/2018

 

Comme pour l’énergie, la demande chinoise exercera une pression croissante sur le segment des produits alimentaires de qualité au sein du marché mondial des produits agricoles, sa production intérieure se heurtant de plus en plus à un manque de terres cultivables. La principale variable à surveiller en termes d’impact de la demande alimentaire de la Chine sur les marchés internationaux reste toutefois le rythme futur de l’augmentation de l’offre intérieure grâce aux techniques d’amélioration des rendements.

[1] Voir « Chi on China: Mega Trends of China (6) – Evolution of China’s Growth Model », 6 avril 2018

[2] Voir « Chi Flash: PBOC Signals Easing Amid Economic Rebalancing », 23 avril 2018

[3] Voir « Chi on China: China’s Deleveraging Strategy and Evidence (II) – Rising Credit Spread », 30 mai 2018

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