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Santé – Après la pandémie, les perspectives restent intactes

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BNP Paribas Asset Management
 

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Jon Stephenson, gérant senior et spécialiste de l’innovation dans le secteur de la santé à Boston, évoque les perspectives des valeurs du secteur après une année mouvementée.

Les valeurs pharmaceutiques ont d’abord surperformé lors du choc initial de mars 2020, lorsque l’ampleur de la pandémie est devenue évidente, que l’activité économique s’est arrêtée partout dans le monde, et qu’il est devenu manifeste que nous étions incapables de détecter et de combattre le virus. Les craintes se sont progressivement dissipées grâce à la mise à disposition de diagnostics et de tests, de la mise en œuvre d’unités de traitement et du lancement de la production de vaccins.

Ayant petit à petit pris conscience de la réalité de la pandémie, les investisseurs ont changé d’approche et ont délaissé les valeurs pharmaceutiques. A partir d’avril 2020, les stratégies de marché en anticipation d’une réouverture des économies ont gagné en importance et, parallèlement, les inquiétudes concernant les réformes réglementaires – telles que la législation sur le prix des médicaments – sont réapparues. N’oublions pas également qu’au cours de cette période les valeurs biotechnologiques n’ont cessé de surperformer.

Quelle a été l’évolution de l’économie de la santé ? Quelles sont les répercussions à court et à long terme ?

Lorsque la pandémie est apparue, le secteur de la santé s’est littéralement arrêté, tout comme l’économie dans son ensemble. À ce moment-là, personne ne parvenait à détecter le virus et aucun traitement n’existait. La plupart des interventions urgentes et non urgentes ont été repoussées. Les visites physiques dans les cabinets médicaux ainsi que les passages aux urgences ont diminué (et restent encore moindres qu’avant la pandémie) Pendant cette période, les actions du secteur de la santé ont surperformé le reste de la cote.

Nous avons d’abord observé une forte augmentation des investissements dans les équipements de surveillance médicale, le matériel de protection renforcé, l’augmentation des capacités des unités de soins intensifs, etc. Des investissements massifs ont aussi été réalisés dans diverses méthodes de test afin d’identifier plus rapidement les personnes infectées et de les isoler, ainsi que dans le développement de thérapies et de vaccins. Au-delà des hôpitaux, des cliniques et des laboratoires, la pandémie a très vite mis en évidence les inégalités importantes en matière de soins de santé dans nos sociétés et nos économies, notamment en ce qui concerne la disponibilité et l’accès à ces soins.

Nous constatons également divers effets à plus long terme. Le monde de la santé est entré dans une ère virtuelle : il est en effet devenu évident que de nombreuses visites médicales et autres interactions peuvent être effectuées de manière dématérialisée. Cela présente des avantages dans de nombreux contextes, notamment dans la médecine comportementale, le conseil en nutrition, le triage des soins et certaines fonctions de soins primaires. La relation patient-médecin s’est renforcée, ce qui a permis de mieux gérer la prise en charge de patients présentant des pathologies plus complexes. Les médecins peuvent désormais avoir une vision plus globale de leurs patients.

Compte tenu des investissements massifs réalisées dans les capacités des unités de soins intensifs, les équipements peuvent désormais être transférés des salles dédiées à la Covid vers des salles d’accueil généralistes ou post-chirurgicales. La disponibilité accrue d’équipements de surveillance des patients peut améliorer les soins qui leur sont apportés mais aussi limiter le besoin de sédation avec des opioïdes, ce qui peut réduire les cas de dépression respiratoire ou de décès liés à ces traitements.

La suspension des soins hors Covid pendant la pandémie pourrait entraîner des perturbations. Pour les patients atteints d’un cancer ou d’une maladie cardiovasculaire, le fait de différer les soins peut provoquer un retard de diagnostic, des soins plus complexes et une perte de chances à long terme.

La montée en puissance des capacités de test est susceptible d’accroître leur fréquence, ce qui pourrait limiter les épidémies aiguës de maladies infectieuses, notamment la grippe, et peut-être même réduire le taux de mortalité liée à la grippe sur le long terme.

Notre capacité accrue à identifier les agents pathogènes et à développer rapidement des vaccins évolutifs pour faire face aux infections pandémiques devrait augmenter la résilience à long terme des économies.

Enfin, en ce qui concerne les inégalités qui ont été mises en évidence ou qui se sont renforcées, les États pourraient prendre des mesures pour fournir une assurance-maladie à une plus grande part de leur population. D’autres enjeux à plus long terme doivent être abordés, notamment le scepticisme à l’égard des vaccins, la question de l’investissement dans les programmes de vaccination dans les pays en développement afin de réduire de manière significative le risque de voir se développer des variants résistants et, enfin, la réticence de la population à appliquer les gestes barrières, comme le port du masque.

Comment voyez-vous évoluer la réglementation du secteur de la santé aux États-Unis ?

Les États-Unis abritent le marché de la santé le plus vaste au monde (environ 40 %du total). Compte tenu de sa taille, ce qui se passe sur le marché américain se répercute mécaniquement sur les entreprises mondiales du secteur. Nous pensons donc qu’il est crucial de suivre son évolution. Actuellement, les investisseurs ont deux sujets de préoccupation :

  • le risque que le gouvernement américain intervienne sur le marché de l’assurance-maladie pour faire basculer le pays vers un système public, comme c’est le cas en Europe. Sur le plan réglementaire, nous allons probablement assister à des propositions en faveur d’un système de santé à « option publique » et à une extension du programme Medicare (système de protection destiné aux personnes âgées) qui deviendrait accessible à plus de personnes. Cependant, le soutien du Congrès à de telles propositions devrait être limité. Nous devrions plus probablement assister à une augmentation des bourses d’assurance accordées aux particuliers sur le marché des soins individuels. Cela aurait un effet positif, à savoir grossir les rangs de la population prise en charge, ce qui permettrait une tarification plus adéquate. Cela entraînerait une diminution de la population non-assurée et une baisse des primes des personnes déjà assurées, ce qui constituerait un résultat clairement positif.
  • Il existe aussi le risque d’une réforme de l’industrie pharmaceutique. Les prix des médicaments sont plus élevés aux États-Unis que dans la plupart des autres pays. Une loi pourrait être adoptée pour indexer l’augmentation des prix des médicaments à l’inflation, ce qui réduirait les frais à la charge des patients. Quant aux assureurs, ils pourraient être tenus de prendre en charge davantage les médicaments. Ce système exigerait que les groupes pharmaceutiques fassent des concessions sur leurs prix de vente, ce qu’elles seraient prêtes à faire selon nous. Une telle évolution serait positive pour toutes les parties prenantes et mettrait fin à l’incertitude réglementaire pour tout le secteur. Cela permettrait également d’économiser des milliards de dollars en frais de santé et de financer les projets de dépenses du gouvernement en matière d’infrastructures.

Quelles sont les perspectives des actions du secteur de la santé pour le reste de l’année ?

Depuis le début de l’année, les actions du secteur de la santé ont largement sous-performé. Cela s’explique par la préférence des investisseurs pour les investissements cycliques pour profiter de la reprise économique en 2021, par la crainte de nouvelles législations et par la perspective d’une surveillance réglementaire accrue des opérations de fusions-acquisitions dans le secteur de la biopharmacie.

Nous pensons toutefois que les perspectives sont relativement bonnes, en raison notamment de la sous-valorisation substantielle des valeurs du secteur de la santé par rapport à l’ensemble du marché. A nos yeux, cette décote est excessive. Nous pensons que le contexte global de la politique de santé se précisera dans les mois à venir. Cette visibilité accrue devrait servir de catalyseur aux performances du secteur.

Il faut garder à l’esprit que les moteurs de croissance à long terme restent inchangés : vieillissement de la population, nécessité de réduire l’impact d’une mauvaise hygiène de vie et augmentation des besoins en soins de santé dans les pays en développement.

Enfin, les innovations émergent à un rythme incroyable mais sont sous-estimées. Elles créent de nouveaux marchés, notamment dans le domaine des biotechnologies et des produits pharmaceutiques. La science progresse si rapidement que des traitements deviennent disponibles pour soigner des maladies auparavant considérées comme incurables.

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